Fertilisation en pisciculture
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La fertilisation consiste à jeter des matières organiques (fumier de vache, de porc, fientes de poule, ou compost végétal) dans l'eau de l'étang.
· Ce que ce N'EST PAS : Le poisson ne mange pas le fumier ! Si le Tilapia mangeait directement les excréments, il tomberait malade.
· Ce que C'EST vraiment : Le fumier est un engrais naturel (riche en azote et en phosphore). Il va enrichir l'eau en sels minéraux.
Dès que vous mettez de l'engrais (fumier) dans l'étang, une réaction en chaîne biologique se produit sous l'effet de la lumière du soleil :
Etape 1 : Les bactéries de l'étang décomposent le fumier et libèrent des sels minéraux.
Etape 2 : Ces sels minéraux, associés à la lumière du soleil, permettent la prolifération de milliards de micro-algues vertes microscopiques. C'est ce qu'on appelle le phytoplancton.
C'est pour cela qu'un étang bien fertilisé prend une belle couleur "vert soupe" ou vert clair. Si l'eau est transparente comme de l'eau de source, l'étang est "pauvre" et les poissons n'ont rien à manger.
Etape 3 : De tout petits animaux microscopiques (les puces d'eau, les larves, les daphnies), appelés zooplancton, arrivent pour manger ces micro-algues.
Etape 4 : Les alevins et les poissons adultes (surtout le Tilapia qui est un microphage) filtrent l'eau à longueur de journée pour se nourrir de ce phyto et zooplancton.
Le plancton ne coûte rien à produire (le fumier ou le compost se trouve facilement dans les fermes à Madagascar). Cela réduit l'achat d'aliments industriels ou complémentaires (comme le son de riz ou la farine de poisson) qui coûtent cher.
Les alevins ont une toute petite bouche. Ils ne peuvent pas croquer des granulés ou du son de riz. Le plancton est la seule nourriture parfaitement adaptée à leur taille et indispensable à leur survie au démarrage.
Dans un étang bien fertilisé, le poisson trouve déjà 50% à 70% de sa nourriture grâce au plancton. L'éleveur a donc besoin de donner beaucoup moins d'aliments de nutrition directs (comme le son de riz), ce qui lui fait économiser beaucoup d'argent.
Pour les petits alevins, la fertilisation suffit au début car ils sont trop petits pour les aliments solides. La nutrition directe devient indispensable quand les poissons grandissent et deviennent nombreux.
Le but de la fertilisation est de détruire la transparence de l'eau pure pour obtenir une eau "vert soupe".
· Pourquoi ? Si l'eau reste transparente, la lumière du soleil tape jusqu'au fond de l'étang, ce qui fait pousser des plantes aquatiques supérieures et des algues filamenteuses indésirables (difficiles à manger pour les poissons et gênantes pour les filets).
· La limite à ne pas dépasser : L'eau ne doit pas devenir opaque ou marron. Le pisciculteur utilise un outil très simple : le disque de Secchi (ou plus simplement, son propre bras). Il plonge son bras dans l'eau :
o Si sa main disparaît avant 20 cm, l'eau est trop riche (sur-fertilisation), c'est dangereux.
o Si sa main est visible au-delà de 40 cm, l'eau est trop transparente (sous-fertilisation), les poissons manquent de nourriture.
o La zone idéale : entre 25 et 30 cm.
Le phytoplancton (les micro-algues) créé par la fertilisation se comporte comme n'importe quel végétal :
· Le jour (Sécurité) : Grâce à la lumière du soleil, le phytoplancton réalise la photosynthèse. Il absorbe le CO2 et rejette une immense quantité d'oxygène dans l'eau. Les poissons respirent à plein poumons.
· La nuit (Danger) : Sans soleil, la photosynthèse s'arrête. Le phytoplancton bascule sur la respiration cellulaire : il consomme de l'oxygène et rejette du CO2.
Si le pisciculteur a mis trop de fertilisant, il y a trop de phytoplancton. En fin de nuit (vers 4h ou 5h du matin), ces milliards de micro-algues ont pompé tout l'oxygène de l'étang. Au lever du soleil, les poissons étouffent et montent à la surface pour "piper" l'air. Si rien n'est fait, c'est la mortalité totale.
Si la matière organique (fumier, compost) est apportée en excès :
· Les bactéries qui décomposent ce fumier vont consommer encore plus d'oxygène.
· La décomposition va libérer des gaz toxiques pour le poisson, comme l'ammoniac (NH3) ou le dioxyde de carbone en excès, et faire varier brusquement le pH.
Pour maintenir l'équilibre de cet écosystème artificiel, l'éleveur applique des règles strictes :
1. Fractionner les apports : On ne jette jamais une tonne de fumier d'un coup. On apporte de toutes petites quantités chaque semaine (par exemple, un seau de fientes de poule par are) pour que les bactéries et les algues absorbent tout au fur et à mesure sans saturer le milieu.
2. Fertiliser le matin : On applique toujours le fertilisant en début de matinée (ensoleillée). Jamais en fin d'après-midi ou par temps très nuageux, pour que la photosynthèse s'enclenche immédiatement et compense la décomposition.
3. Arrêter en cas d'alerte : Si le matin les poissons pipent l'air à la surface, cela signifie que l'oxygène est trop bas. Le pisciculteur doit immédiatement :
o Arrêter toute fertilisation et toute distribution de nourriture.
o Ouvrir la prise d'eau (via la vanne ou le moine) pour introduire de l'eau neuve et fraîche, riche en oxygène.
En résumé, la fertilisation est un moteur pour l'étang : elle augmente la productivité, mais si on accélère trop (sur-fertilisation), on risque la panne de moteur (l'asphyxie des poissons). C'est une illustration concrète des équilibres biologiques à analyser !